« 17 mars 1861 » [source : BnF, Mss, NAF 16382, f. 75], transcr. Sophie Gondolle, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6669, page consultée le 03 mai 2026.
Guernesey, 17 mars 1861, dimanche, 8 h. du matin
Bonjour, mon cher adoré, bonjour avec toutes les joies de l’espoir de te voir bientôt
guéri. Bonjour, comment as-tu passé la nuit, mon cher petit homme ? Il m’a semblé
encore hier au soir que tes fenêtres étaient restées noires jusqu’au moment où je
me
couchais. Il est probable que malgré l’heure avancée, 11 h. ½, tu seras resté à causer
dans le salon avec tout ton monde. Pourvu que cela ne t’ait pas agité ni empêché de
dormir, tu as bien fait, dans le cas contraire, je te blâme, ce qui ne te fera pas
une
nuit meilleure. Quant à moi, qui me suis couchée sagement, j’ai très bien dormi
jusqu’à ce matin, aussi, me revoilà remise à neuf pour jusqu’à la POURCHAINE.
Je
doute que ta femme puisse partir mardi… mais je me souviens maintenant que son départ
est ajourné à mercredi. D’ici là, le temps peut devenir tout à fait beau. J’espère
que
nous aurons la même chance quoique nous n’allions pas dans la même direction. Je me
tiens prête dans tous les cas. Tâche de ton côté que ton Charles, d’abord si pressé de partir, soit prêt, lui
aussi, quand il le faudra. Je ne sais pas pourquoi je pressens beaucoup d’obstacles
et
de difficultés dans la réalisation de ce projet qu’il a développé et hâté de tous
ses
vœux jusqu’ici. Si je me trompe, tant mieux puisqu’il est tout à fait nécessaire que
tu fasses ce voyage et désirable que tu le fasses avec ton Charles, le plus tendre
et
le meilleur compagnon que tu puisses désirer. Quant à la compagnonne, je n’en parle
pas pour cause de modestie mais je n’en pense pas moins… Que je voudrais déjà être
en
route pour voir ta santé reverdir et refleurir avec le printemps, pour cela je renonce
de grand cœur à mon festival de jeudi, ce qui pourtant est un grand sacrifice car
je
ne serai pas avec toi.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo termine Les Misérables en Belgique. Juliette copie avec délices.
- 16 janvierHugo se laisse pousser la barbe.
- 25 mars-3 septembreVoyage à Londres, puis en Belgique et en Hollande et dans les environs ; séjour à Mont-Saint-Jean, à l’hôtel des Colonnes. Hugo quitte parfois Juliette pour rendre visite à sa famille à Bruxelles.
- 20 décembreHugo consent au mariage de sa fille avec le lieutenant Pinson.
